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greenwashing, écoblanchiment, péchés du maquillage vert

Vendredi dernier, l’émission JE a fait un reportage sur le greenwashing et le marketing vert. Vous pouvez écouter le reportage ici.

Ceux d’entre vous qui arrivez ici pour la première fois, je vous invite à découvrir les billets précédents et à vous abonner au blogue (il suffit de vous inscrire dans le coin à droite)  pour recevoir gratuitement toutes les nouvelles. Nous aimons dénoncer les mauvaises pratiques, présenter les dernières études qui revoient les mythes et partager avec vous les outils pour acheter plus intelligent.

Si vous en voulez davantage, vous pouvez également consulter le blogue La prochaine évolution industrielle et nous suivre sur Twitter (@jstrudel et @kathy_noel)

Bonne lecture!

C’est que ce qu’une étude nous apprend ce matin.

Que l’on se fasse avoir comme consommateur par des affirmations mensongères sur les emballages est déjà inquiètant. Mais d’apprendre que les produits contiennent des substances déjà interdites est tout à fait inacceptable.

Dans l’article de la Presse, un spécialiste nous dit que «Même si on privilégie les aliments biologiques, il faut rester vigilant et critique». Je veux bien, mais comment?

Quelqu’un me disait cette semaine que seulement 2% des produits alimentaires sur le marché font l’objet d’une analyse poussée par Santé Canada. On s’entend que les coûts seraient trop élevés de le faire sur 100% des produits, mais nous sommes en droit de se demander si 2% est suffisant pour assurer la protection du publique.

Peut-être cela protège-t-il efficacement contre les intoxications sévères et l’empoisonnement, mais qu’en est-il des effets à long terme de petites doses de substances dites cancérigènes, comme l’arsenic, ou encore potentiellement cancérigène. Des traces de pesticides en passant par les OGM, nous devons reconnaître que même en voulant rester «vigilant et critique», il y a un manque de transparence qui ne peut plus durer.

À l’ère des banques de données et des mobiles intelligents, il me semble que nos gouvernements peuvent faire mieux, et ce dans des coûts tout à fait raisonnables.

On parle souvent la fracture numérique, qui touche les gens n’ayant pas accès aux technologies de l’information. Par conséquent, ils deviennent de plus en plus isolés. Exemple: les propriétaires de téléphones intelligents – qui naviguent en ligne pour trouver le resto le plus près grâce au GPS – dénoncent tout naturellement l’inutilité du bottin téléphonique. Pour ceux qui ne sont pas branchés, la disparition du bottin serait un choc.

Ça viendra, j’imagine. On n’arrête pas le progrès, dit-on.

Entre-temps, je constate que ce même genre de fracture est en train d’émerger sur le plan environnemental. La réalité de ceux qui ont adopté des comportements plus responsables, du compostage à l’autopartage, est complètement différente de ceux pour qui se promener en SUV est un signe de réussite sociale. Les attentes des premiers envers les moins sensibilisés sont néanmoins immédiates: on ne peut comprendre pourquoi il n’éteint pas son gros moteur en attendant fiston devant l’école. Comment se fait-il qu’il arrose encore sa pelouse de pesticides?

Or, dans la plupart des cas, il a fallu plusieurs mois, voire des années, pour tranquillement intégrer ces meilleures pratiques à nos habitudes. Ce n’est pas parce que c’est difficile à mettre en oeuvre, mais parce qu’il faut du temps pour changer nos comportements, pour créer de nouvelles habitudes, pour comprendre pourquoi c’est nécessaire.

Ceux qui sont «victimes» de la fracture environnementale ne sont pas de mauvaises personnes. Leur réalité, leur baggage de vie, leur environnement et leurs valeurs ne sont simplement pas les mêmes. En tant qu’acteurs de changements, je crois que nous devons nous rappeler constamment à quel point ce clivage peut être important.

C’est comme au golf. Vous ne pouvez pas vous attendre à ce que votre partenaire, qui joue plus de 100 coups par partie, corrige son élan parce que vous lui avez expliqué la bonne technique. Malgré tous vos efforts, il faudra lui laisser le temps d’apprendre pour qu’il joue sous les 80 coups. Pire, si vous ne tenez pas compte de sa progression, et que vos conseils sont trop techniques pour lui, il abandonnera le golf.

FOOORRRREEEE!

Dans le cadre de la 5e édition du Festival de l’environnement de la Côte-Nord, Louise Savard et Michel Plourde, les animateurs de l’émission L’encre des jours à Radio-Canada ont fait une table ronde sur le thème du Grand mensonge vert avec Steven Guilbeault.
Ça s’est passé le vendredi 13 mai dernier en direct du Toi, Moi & Café de Sept-Îles. Vous pouvez écouter l’émission ici. (Le segment se trouve plus particulièrement dans la 2e partie)

Mélanie m’a raconté qu’elle avait un problème morale avec sa consommation d’eau embouteillée:

«Il y a quelque temps, je te questionnais à savoir si tu connaissais une compagnie qui vendait une machine à gazéifier l’eau…maintenant la machine est disponible au Canada et elle se vend dans un seul magasin (Boutik Électrik). Et il paraît que ça se vend comme des pains chauds…

Notre cas: On a acheté la plus cheap à 130$ et c’est génial.

Contexte: Tout d’abord, nous ne consommons pas d’eau embouteillé normale car c’est ridicule…. mais qu’en est-il si on veut de l’eau gazéifiée?
Au début , nous consommions environ 8 bouteilles d’eau Perrier par semaine (750ml )…donc 6 litres par semaine.
Après, nous nous sommes dit: « on devrait acheter de l’eau pétillante d’ici»…donc on s’est mis à acheter environ 8 bouteilles d’eau Eska à environ 2$ chacune…soit 16$ par semaine environ.
Au final, on constatait que c’était absurbe de voir notre bac de recyclage remplit et de payer 16$ par semaine pour de l’eau avec des bulles…
C’est là que je me suis mise à la recherche…

On a finalement acheter la machine qui n’a pas besoin d’énergie pour s’alimenter (pas de courant, pas de batterie).
On prend l’eau du robinet et voilà!
Au total, il «n’y a plus vraiment d’impact sur l’environnement» car à part la production de la machine et de la bombone, on peut faire remplir notre bombone (20$ pour environ 60 litres)….donc si je consomme 6 litres par semaine, ça me coûte 2$ au lieu de 16$(88% en économie$), pas de bouteille au recyclage, eau du robinet, pas d’énergie,….maintenant, il faudrait une analyse de cycle de vie, mais je doute que l’étude pourrait s’avérer négative…

Voici le lien à la compagnie Soda Stream.

Qu’en penses-tu?»

Ma réponse:

«Ça semble en effet être probablement une meilleure option. Mais je n’irais pas jusqu’à dire que «On a finalement acheter la machine qui n’a pas besoin d’énergie pour s’alimenter». Il faut de l’énergie pour remplir les cartouches de gaz (pour alimenter un compresseur d’air), et il faut de l’énergie pour les déplacements de votre maison au centre de remplissage des cartouches. Cela dit, là où vous êtes gagnant, c’est que c’est moins lourd de transporter cette petite bombones que des bouteilles remplies.. d’eau! Et vu qu’une cartouche produit l’équivalent de 10 semaines de bouteilles d’eau, le nombre de déplacement vient d’être significativement réduit.

On peut aussi valider ce raisonnement du point de vue économique: ta solution représente une économie de 14$ par semaine. On peut donc croire qu’au bout de 10 semaines seulement, tu auras repayé le prix de la machine (130$). S’il y a une économie aussi évidente, c’est probablement parce que les coûts sont moins importants, ce qui pourrait indiquer que la solution est plus efficace (moins de matériaux, d’énergie, de gaspillage, etc.).»

Dilemme sur les dimensions sociale et environnementale

Mélanie ne s’est cependant pas arrêtée là. Elle a poussé ses recherches après avoir reçu mon courriel. Voici ce qu’elle a découvert:

«Il y a effectivement une consommation d’énergie pour remplir la bombone ainsi que pour le transport. En plus, la distance entre les points de chute pour remplir la bombone est grande…seulement deux magasins Boutik Électrik au Centre-Ville, ensuite, il faut aller soit à Laval ou Boucherville. Nous avons d’ailleurs acheté deux bombones pour éviter le déplacement.

Une fois qu’elles sont vides, on les retourne au magasin car elles sont réutilisables et ce dernier situé nous donne de nouvelles bouteilles. Évidemment, étant donné qu’on habite dans l’est de Montréal, c’est là que nous pouvons prévoir les déplacements….c’est-à-dire de combiner nos actions (achats, rendez-vous, travail, autre) en un seul temps lorsqu’on va au Centre-Ville, afin de minimiser les déplacements.

Une question demeure: et les bombones, où sont-elles produites et remplies ? J’ai vérifié sur la bouteille, et cela porte à confusion car on indique trois endroits (Canada, États-Unis, Mexique). Alors, j’ai appelé à la compagnie (1-877-436-5866) Eco Stream Canada. Et la réponse m’a vraiment refroidit, notamment pour la dimension sociale de l’achat du produit.

La machine et la bouteille de gaz sont produites en Israël. La bouteille de gaz est ensuite envoyée à Winnipeg au Canada où elle se fait remplir. Par la suite, à chaque fois que je retourne ma bouteille vide, elle sera envoyée à Winnipeg pour être remplie…

Étant donné que je suis contre les choix politiques d’Israël et de ses colonies qui envahissent le territoire palestinien, je  boycotte les produits d’Israël (lorsque je connais son origine bien sûr, voir http://www.boycottisraelinternational.org). Je suis donc très perplexe. Ceci démontre  la tension qui peut exister entre les dimensions sociale, écologique et économique. À mon avis, du point de vue social, ça ne vaut pas grand chose. Sur le plan écologique, le transport est tout de même signifiant même si le transport d’une boutielle de gaz équivaut au transport de 80 bouteilles de Perrier.

Pas facile de faire des choix éclairés lorsqu’on tient compte de trois dimensions du développement durable..et notamment des orientations culturelles.»

Du point de vue de l’analyse de cycle de vie (ACV), ce genre de dilemme n’est pas tranché sur une base scientifique. Il s’agit plutôt de faire des choix en fonction de vos valeurs… ce qui n’est pas nécessairement facile.

N’hésitez pas à partager vos expériences en m’écrivant ici.

Dans le Journal de Montréal, une série d’articles s’attaquant aux sacs réutilisables a été publié récemment.

1. Réutilisables, mais pas recyclables (30 janvier)
2. Des sacs en partie toxiques (31 janvier)
3. Les bactéries dans vos sacs (1er févier)

Ces textes ont le mérite de faire la lumière sur un sujet qui, jusqu’ici, semblait être une solution incontestable.

On peut apprend donc que les centres de tri doivent systématiquement détourner vers les sites d’enfouissement les sacs réutilisables arrivés en fin de vie parce qu’ils sont conçus avec des matériaux difficilement séparables (tissus, plastiques, oeillets métalliques, coutures, etc.).

Une analyse d’une vingtaine de sacs différents révèle aussi que le quart contient du plomb dans la peinture en quantité qui pourrait être jugée toxique. De plus, on apprenait que la majorité des sacs analysés contenaient un niveau élevé de bactéries, «assez pour rendre potentiellement quelqu’un malade», selon un chercheur.

Devant ces informations, on peut se demander si les sacs réutilisables sont plutôt une nuisance ou une solution?

 

L’ACV des sacs de caisse

En 2004, une analyse du cycle de vie comparative des sacs de plastisques et des sacs réutilisables, commandée par l’ADEME, a été réalisée en France.

La principale conclusion? Le facteur le plus significatif pour réduire l’impact environnemental est le nombre de fois que le sac est réutilisé. Ainsi, pour être supérieur au sac jetable, le sac en plastique (PE) réutilisable doit servir au moins 4 fois. Dans le cas où les sacs jetables étaient auparavant réutilisés comme sacs poubelles, le sac réutilisable demeure une meilleure alternative si l’on s’en sert 7 fois ou plus (malgré le fait d’acheter des sacs en plastique pour compenser).

Intéressant, non?

Mieux encore, la question de la fin de vie est également abordée dans cette étude exhaustive et révisée par un comité d’experts indépendants. Ainsi, les auteurs évaluent le scénario où tous les sacs réutilisables sont jetés en fin de vie. Résultat: pas grand changement. Il faut encore se servir du sac au moins 4 fois pour qu’il soit une meilleure alternative! Bref, pas de quoi alerter toute la population.

En revanche, le Journal de Montréal n’a pas pris en compte les risques plus élevés d’abandon des sacs en plastique jetables, qui se retrouvent davantage dans les rues, les cours d’eau, etc.

Parmi les conclusions, on apprend aussi que le transport des sacs a un impact négligeable. Par conséquent, le fait qu’ils sont fait en Asie n’est pas un critère déterminant. La question de la toxicité n’est pas abordée. On peut se douter que le risque n’est cependant pas réservé aux sacs réutilisables. Les sacs jetables contiennent eux aussi des peintures, mais aucun n’a été testé.

 

Comment faire mieux?

Le Journal de Montréal a toutefois démontré qu’il était possible de faire mieux.

D’une part, je serai curieux de savoir le nombre de fois moyen qu’un sac réutilisable est réellement réutilisé. D’autre part, il serait temps d’écoconcevoir ces sacs pour éviter le mélange des matériaux et faciliter le recyclage. Les solutions existent, mais un effort devra être fait de la part des détaillants.

En réponse à la question lancée par Jean-Claude Cousineau sur son blogue (est-ce mieux d’utiliser des sacs pendant 5 ans et de les jeter ou prendre 350 sacs jetables par année?), la réponse apportée par l’étude de l’ADEME est catégorique: le sac réutilisable est la meilleure option sur le plan environnemental, et de loin.

Reste la question des bactéries qui est, à mon avis, inquiètante. En ce sens, il me semble que les sacs en tissu sont plus facilement lavables, mais plus difficilement recyclables. Ce n’est pas faute d’usines de recyclage au Québec, mais bien par manque d’accès à cette filière pour le consommateur moyen. À l’image des programmes de reprise de peinture et de piles, les détaillants pourraient offrir à leurs clients de reprendre les vieux sacs, voire en profiter pour offrir un rabais sur leur remplacement. Chose certaine, il faudra faire mieux pour sensibiliser les gens à l’importance de bien les laver.

Comme dans tout processus de changement, l’introduction des sacs réutilisables requiert une période d’apprentissage. Le recyclage, bien qu’imparfait de la manière dont il est effectué actuellement, est une solution incontournable dans toute démarche de développement durable. Ce que cette série d’articles confirme, c’est qu’il sera nécessaire de créer des produits de meilleure qualité (plus durables), qui se recyclent perpétuellement en boucle fermée, et que les consommateurs doivent apprendre à laver et à réutiliser le plus souvent possible leurs sacs de caisse.